
Le gobelin attendait au milieu de la route.
Derrière lui, une barrière fermait le passage sous l’auvent d’un petit poste de contrôle. Devant, trois charrettes patientaient déjà.
Ysengrin arrêta Dame Ficelle.
La mule souffla.
— Je sais. Moi non plus, je l’aime pas.
Le gobelin s’approcha, un registre sous le bras.
— Ysengrin, transporteur itinérant ?
— Non.
— Vous êtes Ysengrin ?
— Oui.
— Et vous transportez des marchandises ?
— Oui.
Le gobelin leva les yeux.
— Vous êtes donc transporteur itinérant.
— Si tu connaissais déjà la réponse, fallait pas poser la question.
Dame Ficelle secoua la tête.
— Toi, commence pas.
Le gobelin ouvrit son registre.
— Vous n’avez pas acquitté la contribution sur les contenants mis en circulation.
— La quoi ?
— La contribution sur les contenants. Bouteilles, sacs, pots, paniers, tonnelets…
Ysengrin regarda sa cargaison.
— Mes bouteilles ?
— Leur mise en circulation.
— Elles circulent parce que Dame Ficelle avance.
— Ce n’est pas cette circulation-là.
— Par les pustules du cul d’un ogre, vous pourriez pas employer des mots qui veulent dire ce qu’ils veulent dire ?
Quelques rires montèrent de la file.
Le gobelin poursuivit, imperturbable.
— Quatre-vingts deniers.
Ysengrin cessa de sourire.
— Répète.
— Quatre-vingts deniers.
— Pour mes bouteilles ?
— Pour leur mise en circulation.
— Et si j’étais pas au courant ?
— Il vous appartenait de vous renseigner.
Ysengrin resta silencieux.
Dame Ficelle tourna une oreille vers lui.
— T’as entendu ?
La mule souffla.
— Voilà. C’est exactement ce que je pense.
— Votre mule n’a rien dit.
Ysengrin se pencha vers le gobelin.
— Elle te trouve con. Elle est juste mieux élevée que moi.
Un marchand éclata de rire derrière eux.
Le gobelin referma sèchement son registre.
— La règle s’applique à tous les contenants accompagnant une marchandise.
— Tous ?
— Tous ceux répondant aux critères.
— Une bouteille ?
— Oui.
— Un panier ?
— Oui.
— Un sac ?
— Oui.
Ysengrin regarda le pantalon du gobelin.
— Ça ?
Le gobelin baissa les yeux.
— Mon pantalon ?
— Il contient bien quelque chose.
— Ce n’est pas un contenant.
— Pourtant, ça emballe ton cul.
— Cela suffit.
— Ah non. Moi, j’essaie de comprendre. Quatre-vingts deniers, ça mérite une leçon complète.
— Mon pantalon n’a rien à voir avec votre contribution.
— C’est commode.
— Monsieur—
Ysengrin claqua des doigts.
Le pantalon du gobelin tomba jusqu’à ses chevilles.
Un silence immense traversa la file.
Puis quelqu’un gloussa.
Le gobelin poussa un cri, se retourna et se baissa précipitamment pour saisir son pantalon.
Ysengrin écarquilla les yeux.
Sur la fesse gauche du gobelin trônaient trois grosses verrues.
Trois.
Parfaitement visibles.
Il y eut une seconde de silence supplémentaire.
Ysengrin leva lentement un doigt.
— Par les trois verrues sur le cul d’un gobelin…
Le marchand derrière lui s’effondra contre sa charrette.
Une femme éclata de rire.
Puis toute la file suivit.
Le gobelin remonta son pantalon, rouge jusqu’aux oreilles.
— VOUS ALLEZ LE REGRETTER !
Ysengrin regarda Dame Ficelle.
— Celui-là, je le garde.
La mule opina lentement.
— Tu vois ? Elle aussi.
Le gobelin arracha sa plume de son registre.
— Outrage à un agent de la Guilde ! Refus d’acquitter une contribution ! Usage de magie sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions !
— Fonctionnaire ? Par la crotte moisie d’un dragon constipé, fallait le dire tout de suite. Je croyais que t’étais juste naturellement pénible.
Les rires redoublèrent.
Le gobelin fit abaisser la barrière.
— Vous ne passerez pas.
— J’ai du cidre à livrer.
— Vous ne passerez pas.
Derrière Ysengrin, les protestations commencèrent.
— Et eux ? demanda-t-il.
— Ils attendront.
Ysengrin regarda la file.
Puis la route.
Puis la barrière.
— Donc maintenant, ton travail consiste à empêcher les gens de circuler ?
— Mon travail consiste à contrôler la circulation.
— Pour l’instant, tu la contrôles tellement bien qu’elle ne circule plus.
— Acquittez vos obligations.
Ysengrin descendit de la charrette.
Le gobelin recula.
— Ne touchez pas à cette barrière !
Ysengrin s’arrêta.
— À la barrière ?
— Absolument.
— Très bien.
Il inclina poliment la tête.
— Comme il vous plaira.
Dame Ficelle coucha les oreilles.
Ysengrin ouvrit le coffre de sa charrette et en sortit une grosse corde.
Le gobelin fronça les sourcils.
Ysengrin passa tranquillement devant la barrière sans la toucher, lança la corde autour d’un des poteaux soutenant l’auvent du poste et serra un solide nœud.
Puis il revint vers Dame Ficelle.
— Tu sais ce qu’on dit d’un bâtiment construit au milieu d’une route ?
La mule tourna la tête.
— Moi non plus.
Il attacha l’autre extrémité de la corde au harnais.
Le gobelin pâlit.
— Qu’est-ce que vous faites ?
Ysengrin grimpa sur la charrette.
— Je touche pas à ta barrière.
— NE FAITES PAS ÇA !
Ysengrin claqua doucement la croupe de Dame Ficelle.
— Hue.
La mule avança.
La corde se tendit.
Le poteau gémit.
Un craquement sinistre parcourut l’auvent.
Le gobelin leva les yeux.
— Oh.
Le poteau céda.
L’auvent bascula.
Une poutre entraîna le toit, le toit arracha le mur, le mur emporta le mécanisme et, dans un fracas de bois, de tuiles et de poussière, le poste de contrôle s’effondra comme un château de cartes.
La barrière tomba avec le reste.
Dame Ficelle s’arrêta.
Ysengrin contempla les ruines.
La route était libre.
Le gobelin sortit d’un nuage de poussière.
— VOUS AVEZ DÉTRUIT LE POSTE DE CONTRÔLE !
Ysengrin secoua la tête.
— Pas la barrière.
Il désigna les décombres.
— J’y ai pas touché.
Puis il fit claquer les rênes.
Dame Ficelle reprit tranquillement sa marche.
Lorsqu’ils passèrent devant le gobelin, Ysengrin se pencha.
— Pour les quatre-vingts deniers, envoie la facture.
La mule accéléra.
Derrière eux, toute la file se mit en mouvement.
Ysengrin attendit quelques instants.
Puis il éclata de rire.
— Trois, Dame Ficelle.
La mule souffla.
— Trois énormes verrues.
Elle secoua la tête.
— Oh, fais pas ta mijaurée. T’as regardé aussi.
Une oreille pivota.
Ysengrin sourit.
— Par les trois verrues sur le cul d’un gobelin…
Il goûta les mots.
— Ah ouais.
Dame Ficelle prit le trot.
— Celui-là, il va voyager.
Il ne se trompait pas.
Le poste de contrôle, lui, ne voyagea plus jamais.
Merlin et sa Fée
Il était un temps où la Terre respirait au rythme du chant des peuples invisibles.
Sur les sentiers de Brocéliande, là où la brume s’attarde comme un vieux souvenir, certains savent encore percevoir ce que l’Histoire a cru éteindre. Les Hommes, dans leur aveuglement, ont altéré et façonné ce monde à leur image, oubliant l’harmonie qui y régnait autrefois, mais à l’ombre de leurs pas résonne encore l’écho d’autres présences. Elfes, fées, korrigans… ces êtres magiques ont appris à se fondre dans le silence, dissimulés sous l’écorce d’un arbre, derrière un menhir ou une racine. Ce que le regard n’aperçoit plus, le cœur de l’enfant le devine encore.
Aujourd'hui, ce sont les breuvages qui chuchotent à qui sait tendre l'oreille. Chaque gorgée devient un pont tendu entre ce monde et celui que les yeux oublient. On dit que ces potions ne sont pas de simples infusions, mais des reliques d’un temps où l’harmonie liait l’homme à la nature. Dans chaque tasse, il y a un secret, une promesse, celle de renouer avec le Petit Peuple qui se cache encore sous nos pieds, à la frontière de l’invisible.
Je suis Merlin, ou Merzhin en langue bretonne. Des années en arrière, lorsque la forêt était encore plus dense que la mémoire, j’ai rencontré une fée, fragile et blessée par la cruauté des hommes. Ensemble, dans l'intimité des clairières et autour de potions aux parfums enivrants, nous avons guéri nos cœurs et partagé des récits d'antan. Ses breuvages portaient en eux des secrets oubliés.
De ces instants sont nées "Les Potions de Merlin." Plus que de simples boissons, elles sont des portes vers un univers que la raison n’ose plus explorer. Chaque composition raconte une histoire, capture l'essence d'une légende et murmure une vérité cachée. Aujourd'hui, je t’invite, voyageur, à écouter ces récits. Installe-toi. Respire. Laisse-toi emporter.
Le monde moderne ne croit plus en la magie, mais peut-être sauras-tu, toi, retrouver cet émerveillement, ne serait-ce qu’un instant. Car au fond de ta tasse, quelque part entre la première et la dernière gorgée, se cache l'âme d'une fée.
Merlin
À l'orée des grands chênes et des brumes éternelles, une maison de bois respire au rythme de la forêt.
Au cœur du Morbihan, là où la forêt se fait refuge, nous avons ancré notre existence dans une maison de bois, abritée sous les chênes. C’est ici, à l’orée des légendes, que notre petite entreprise familiale a pris racine, nourrie par l’âme bretonne qui imprègne nos cœurs. La Bretagne n’est pas simplement la terre que nous habitons ; elle est un souffle, une mémoire, une âme ancienne qui résonne en nous.
Ce n’est pas un hasard si les mystères de cette région se sont révélés à nous. Autour d’une tasse de chocolat fumant, d’une infusion rare, ou d’un thé dont les notes rappellent des temps oubliés, la légende est venue à nous. Elle s’est glissée dans les paroles d’un conteur, s’est murmurée dans la confidence d’un ami connaissant des sentiers cachés. Peu à peu, elle a pris forme, nous entraînant dans une quête silencieuse, à la recherche de notre propre Graal : un lien intime avec le "Petit Peuple", ces gardiens invisibles des secrets de Brocéliande.
Convaincus que la vraie richesse réside dans le partage, en 2022, nous avons fait le choix de dédier notre passion à la découverte et à la transmission de breuvages d’exception. Chaque gorgée que nous offrons est une invitation à renouer avec un monde ancien, celui où la terre et l’homme respiraient en harmonie, où les légendes faisaient vibrer les cœur.